FAQ
Pourquoi La Miséricorde ?
La miséricorde est un terme de la marine ancienne, l'ancre de miséricorde était l'ancre de la dernière chance, celle qui devait tenir pour sauver l'équipage quand toutes les autres avaient cassé. Plus lourde elle résistait mieux mais devait être abandonnée parce que l'on ne savait pas la remonter à bord. Par extrapolation, la miséricorde est pour moi comme la dernière chance de vivre la vie dont je rêve. J'ai découvert ce nom en lisant "L'ancre de Miséricorde " de Pierre Mac Orlan. Dans ce roman, qui se passe dans le vieux Brest, c'est le nom de l'auberge du père de Petit Morgat, en hommage à Jérôme Burns, personnage du livre, qui avait un navire qui se nommait "La Miséricorde". Depuis tout petit, je parcours les ports et je n'avais jamais vu ce nom. J'ai toujours trouvé qu'il sonnait bien et à 14 ans j'ai décidé que quand je serai grand, j'aurais un voilier qui s'appellerait "La Miséricorde". Seul Johan de Cat, mais je l'ai appris plus tard a eu un bateau nommé "Miséricorde". Pour le reste je n'en connais pas.
Quel genre de bateau est La Miséricorde ?
Mon bateau est un Vulcain V sur plan Gérard Caroff, en acier, 11 mètres hors tout, cockpit central, à bouchain. Le plan standard a été transformé par le premier propriétaire, il a rehaussé la cabine arrière. Cela fait comme un petit château arrière et me permet d'y avoir la hauteur sous barrot. C'est un bateau large, 3.60 m au maître bau, avec un grand espace de vie. Mais si la coque a été bien transformée, je trouvais les aménagements intérieurs inadéquats. J'ai alors complètement vider le bateau et ai tout refait, à mon goût et avec mes critères de sécurité. Le gréement existe en version normale et maxi. J'ai la version maxi, mât à deux étages de barres de flèches. Cela lui donne sa puissance même par petit temps. Je maintiens en général une moyenne de 5 nœuds. Par petit temps c'est plutôt 4, et par bonne brise, 5 ou 6 beauforts, naviguant au travers ou largue, avec la houle, La Miséricorde peut maintenir une vitesse entre 7 et 8 noeuds. Mais c'est vraiment son maximum (à part les survitesses), à mon avis sa vitesse maximale théorique doit être d'environ 7 noeuds.
La navigation en solitaire, difficile ?
J'ai l'habitude de dire qu'en fait je ne suis pas en solitaire, mais que nous sommes quatre à bord. J'ai un barreur 24 heures sur 24, appelé régulateur d'allure, j'ai un navigateur 24/24, appelé GPS, qui me donne position, vitesse vraie, route à suivre, … et j'ai une vigie 24/24, appelée radar, qui toutes les 10 minutes jette un coup d'onde sur 360° et si elle voit quelque chose elle me crie beeeeeep jusqu'à ce que je lui demande de se taire.
Dans ces conditions, moi je me la coule douce ! Plus sérieusement, je ne barre donc pas, n'ai aucun stress de position, ni ne crains une rencontre en mer. Dans ces conditions, le repos que je prends est serein et réparateur, même si je dors peu, je dors bien, et ma vie est lecture, contrôle de mes instruments, de mes voiles, suivi météo, farniente au soleil ou bien au chaud tout fermé quand il pleut. Il m'arrive parfois de ne pas sortir pendant des heures ou un jour ! Donc pas de souffrance de froid, de mouillé, … Vraiment, dans ces conditions c'est une vie très relax. Cela n'est en rien comparable avec les solitaires des années '60, '70 et même '80. Ce qui est vrai aussi, c'est que j'ai pas mal naviguer ces derniers temps dans des mers assez désertiques. 1 bateau par semaine, rarement deux.
En revanche quand je suis près des côtes je ne dors pas ou alors 10 minutes par 10 minutes et puis check visuel complet. C'est près des côtes que l'on rencontre bon nombre de pêcheurs, de cargos petits et grands, et les rochers ! En général, après un départ, la première nuit je ne dors pas, et à partir de la deuxième je dors disons huit fois 10 minutes, souvent entre 1 heure et 5 heures du matin en fonction des possibilités, et encore 2 ou 3 fois 10 minutes dans l'après-midi. C'est un rythme qui chez moi s'installe tout naturellement, sans problèmes et sans efforts. Mais je n'ai jamais passé plus de deux ou trois jours dans des conditions de nav intense. Dans le Nord, je dors plutôt par heure, avec un réveil toujours naturel (sauf alarme radar) , un coup d'oeil sur les instruments, sur le bateau, sur la mer, et hop retour au sommeil. Là je dors en général entre 3 et 5 fois une heure par nuit et parfois une heure dans l'après-midi, cela s'avérait suffisant. Je ne suis jamais fatigué dans ces conditions.
Encore un point : en navigation, je ne dors jamais dans ma cabine, j'ai l'impression d'être trop loin, je dors à moitié habillé, dans le carré, prêt à bondir dans mon jeans, mes bottes et d'être déjà l'oeil aux instruments en m'habillant, puis immédiatement sur le pont s'il le faut. Une fois j'ai essayé de dormir dans la cabine, je n’ai pas réussi à m'endormir ! Trop inquiet. Mais dans le carré, je m'endors en quelques secondes. Ancrage dans les mouillages peu abrités : globalement je les quitte vite si cela devient mauvais! Et à l'arrivée, en général je ne quitte pas le bateau directement, j'aime avoir le temps de sentir les courants, voir comment le bateau évite et surtout voir si l'on a bien croché. Aussi, je ne pars me balader que par temps correct.
Ceci dit, il y a toujours un risque ... mais je crois qu'il fait partie de la vie. Pour les manoeuvres de port, tout est bien anticipé, pare-battages en place, amarres déroulées et claires devant et derrière, ... et par petit et moyen temps je me mets où je veux, lance les amarres à terre, saute et amarre vite avant d'ajuster. Si le vent est fort et de terre, perpendiculaire au quai pour offrir moins de résistance au vent, je mets le nez contre le mur, et très vite j'amarre l'avant. Ensuite, je prends l'amarre arrière, retour sur le quai, et je hâle La Miséricorde le long du quai. J'ai de longues amarres. Parfois, surtout par forte brise, je ne peux manoeuvrer comme je veux, alors je me laisse porter par la dérive du vent et amarre au vent d'un quai. En général je ne mets pas longtemps pour repérer un ou deux pêcheurs qui m'aident à mettre La Miséricorde à une place plus confortable.
|