News 38 : posté en Avril 2008
Après notre arrêt forcé à 67° Sud, nous avons remonté la Péninsule, profitant de quelques beaux jours supplémentaires.
Dans le cadre de l’Expédition de Dixie Dansercoer, nous avions par ailleurs encore une obligation « relation publique » : une rencontre avec le Polar Star et ses passagers. Le Polar Star, que par hasard j’avais déjà rencontré à Fair Isle dans les Shetland du Nord en 2003, est un navire d’exploration polaire pour 100 passagers. Pour deux semaines, il a été charterisé par Euronav dans le cadre de cette expédition et leur itinéraire était lié au nôtre. A bord, nombre de gens étaient invités par Euronav ou étaient concernés par la vie d’Adrien de Gerlache ou par l’histoire de l’exploration polaire.
28/01/08 Le Polar Star
Ce fut pour moi l’occasion de partager quelques bords à la voile avec pour équipiers le Baron Bernard de Gerlache, Marc Saverys, le Prince Philippe de Mérode et Philippe Rogge. Et à vrai dire, ce furent quelques heures de bonne camaraderie pendant lesquelles nous avons parlé bateau ! Le fait est qu’en mer, sur un petit bateau, l’indispensable hiérarchie qui existe lors d’une rencontre sociale est gommée complètement. N’apparaît que l’homme, son habit étant resté au vestiaire des salons mondains. Ici tout le monde avait une grosse veste et un gilet de sauvetage. Fourni par le Polar Star et identique pour tout le monde ! Nous étions loin aussi des obligations de paraître, et je pense que pour les heures passées ensembles n’est resté que le être et le plaisir de partager une belle journée en Antarctique en mangeant un bout du pain du bord, sur le pouce. Cela m’a plu.
28/01/08 What a crew
Après, ce fut l’heure de mettre le cap au Nord. Et de retraverser le Drake Channel. Je pense que c’est à ce moment que le travail de Fritz, Tom et Marc, les trois météorologistes qui suivent notre voyage et m’envoient tous les jours la météo fut le plus précieux.
11/02/08 Réparation de la bome
Nous sommes partis dans un temps de demoiselles, avons été happé par la houle une fois hors protection de l’île d’Anvers et faisions route quand il y eut un avis de tempête. Deux possibilités, filer le mors entre les dents vers Ushuaia ou contourner la tempête par l’Ouest, ce qui veut dire avoir quand même un minimum de mauvais temps, mais pas une tempête et rallonge le voyage de plusieurs jours. Je dois avouer que je n’ai pas hésité beaucoup, il me semblait que la « noble manière » était de contourner le tout à la voile. Quand j’ai annoncer la chose, j’ai dû mourir tant un regard meurtrier m’a fusillé. Les autres regards étaient plutôt fatalistes ou inquiets. Moi ce qui m’a inquiété c’est la peur que j’ai lue dans ce regard fusillant. Et directement une mauvaise volonté flagrante mise en application lors de son quart, me réveillant toutes les demi-heures pour savoir que faire, le vent tournait de 10 °, il augmentait de 5 nœuds, il diminuait et empêchait de maintenir la route… Bref une discussion s’imposait et j’ai ressenti qu’en plus de la peur dans cette tête, dans les autres, le voyage était fini, il aurait fallu être à Ushuaia d’un coup de baguette magique où le bord sera quitté dans l’instant (ce qui sera le cas).
Alors, pour ne pas gâcher la bonne entente qui a existé tout au long de ce voyage, pour finir en beauté et rester bons amis, j’ai accepter de me faire voler la traversée du Drake à la voile et de mettre le moteur en route et de filer au-devant de la tempête.
Le jeu météo de ces trois jours fut amusant mais stressant. Au fur et à mesure de l’approche de la dépression et donc de la précision des prévisions j’allais au moins arrivé dans le Beagle avant la soufflerie. Je pourrais alors me protéger dans un mouillage sûr. Il me manquait 6 heures pour être à destination. Le lendemain, e-mail de Fritz : OK, Michel, la tempête a ralenti, tu as tes six heures ! Alors, après une traversée sans soucis au moteur, nous avons vécu un Beagle comme un lac, nous avons amarré Euronav Belgica à 5 heures du matin à couple de Pelagic Australis de Skip Novak, et sommes allés dormir. A 10 heures du matin, la valse commençait, mais nous n’étions pas concerné. Deux jours plus tard, est arrivé Ballena,, un bateau suisse, dont l’équipage était fatigué, il avait lui, vécu le mauvais temps et l’avait bien négocié. Pas de casse, juste de la fatigue. Il n’était que deux à bord.
Je suis resté deux semaines à Ushuaia et elles furent bien belles. Tout l’équipage s’en est aller vivre les jours les séparant de leur vol retour dans une « cabanas » et je me suis retrouvé seul à bord. Très vite, j’ai retrouvé mes marques et ai eu le temps de rencontrer les voisins de pontons. Je dois dire qu’ils étaient de qualité ! Je me suis partagé entre la remise en état du bateau (réparation de la bôme, avitaillement, chasse aux fuites…), un peu de solitude et la rencontre de grands marins. Il y eu les retrouvailles avec Mariolina et Giorgio sur Saudade III, les auteurs du guide de la Terre de feu, Alain Caradec et Francine sur Kotick II, j’ai rencontré Jéronime Pasteur, et des illustres inconnus à la gentillesse débordante, Alejandro et David notamment. Enfin il y eu pour moi un moment très attendu. Roger, un ami du Bryc (Gaia), venait passer un mois en Terre de Feu avec Nicole Van de Kerkoven, et nous devions nous voir. Cela faillit ne pas arriver pour des histoires d’horaire et d’avions, puis miracle, ils trouvèrent une solution et deux jours avant mon départ, je les vis arriver sur le ponton.
15/02/08 Giorgio Mariolina Michel Nicole
Quelle émotion pour moi d’avoir la possibilité de rencontrer Nicole (Sept fois le tour du soleil), amie de Moitessier et de Fougeron. Je les ai invités à venir manger à bord, avec Mariolina et Giorgio. Une charmante soirée. Nicole et Roger cherchaient un bateau pour aller au Chili, à Puerto Williams, à 5 heures de route. J’aurais pu les y conduire en partant, et je l’aurais fait si il n’y eut une autre solution, mais faire une entrée au Chili pour en ressortir immédiatement, que de papiers et de temps. Ballena y allait, et du coup c’est sur ce bateau-là qu’ils traversèrent le Beagle. Malheureusement, deux jours plus tard, alors qu’ils campaient sur la rive d’un lac, dans les hauteurs de Puerto Williams, au petit matin, Nicole est sortie de la tente et s’est écroulée, attaque cardiaque, mourir en Terre de Feu…
16/02/2008 Leaving Ushuaia
Mais revenons au ponton d’Ushuaia encore quelques instants, mon départ ne fut pas sans aventures ! Tout d’abord, la veille, alors que je me régalais à l’avance de ma traversée en solitaire, une Anglaise est venue me trouver, me demandant de la ramener en Europe. Elle était tombée dans le piège d’un uluberlu qui prend des équipières d’année en année, leur payant le vol jusqu’à Ushuaia avec la promesse d’une virée antarctique puis d’une traversée vers Cape Town. Le problème c’est que le bateau n’est plus vraiment en état pour ce genre de péripéties ! Cela va de pièces rouillées à un moteur qui ne tourne pas et je passe sur les détails ! Bref cette fille se retrouvait coincée, apparemment n’ayant pas vraiment les moyens financiers de se payer le vol retour et j’ai accepté de la prendre à bord. Elle s’appelle Vanessa et est originaire de la Nord Angleterre.
Le lendemain, jour du départ, je fais les papiers de sortie, tout est en ordre, et mets en route. Il est vrai que je devrais me signaler aux Autorités du Port au moment exact du départ, mais peu de gens le font apparemment, et les Argentins contrairement aux Chiliens m’ont paru plutôt vagues dans leur application des procédures !
Une heure plus tard, je suis rattrapé par une vedette de la Prefectura Navale, me demandant de retourner dans la zone portuaire et de faire la sortie correctement. Ce que je fais évidemment. Et me voilà à remonter un vent de 20 nœuds que je l’avais plutôt imaginé me pousser vers l’océan ! Dans le port, les autorités me demandent de me réamarrer, je suis attendu ! En effet un officiel très poli me dit que je suis un « infractor ». Et il m’emmène à la Prefectura Navale en voiture. Avec Giorgio que s’est proposé comme traducteur, mon espagnol étant malheureusement limité.
Nous sommes samedi, je dois passer en jugement lundi, les tribunaux sont fermés le week-end… sauf si j’accepte une amende sans recours possible. L’amende s’élève à 80 pesos (15 euros), mais en fouillant mes poches, je ne trouve que 76 pesos. Alors on fera tous les papiers avec un montant de 79 pesos ! Je n’ai rien compris mais j’étais « libre » et après m’être fait reconduire au bateau, je les ai appelé à la VHF pour leur dire que je m’en allais.
En route donc ! Et je dois à la vérité de dire que toutes ces péripéties furent faites dans la bonne humeur et la politesse la plus normale. En fait c’était comme un jeu !
Enfin, après une sortie du Beagle de nuit (quelques heures plus tard que prévu) nous étions en mer. Le lendemain nous longions l’Ile des Etats puis gagnions le vrai large pour un mois sans terre et sans cargos. Le grand désert.
16/02/2008 dans le Beagle
Et peu d’oiseaux aussi, la saison de nidification est terminée, il n’y a plus de concentrations près des îles et ils se sont tous éparpillés au large. Nous en voyons, évidemment, mais je me rends compte de la chance que nous avons eu lors de la descente de pouvoir être juste au bon moment au bon endroit et de les voir tous ou à peu près alors que nous naviguions au large des Falkland. C’est en effet un des hauts lieux de nidifications.
Nous reverrons de la vie sous la forme de cargos une fois proche des côtes du Brésil. Sous forme d’oiseaux aussi, avec des fous masqués.
Il n’y a pas trop de choses à raconter de cette navigation tranquille. Quelques points ressortent toutefois.
D’abord les premiers jours dans les 50ème et 40ème. Nous étions avec vent, courant et houle portant. Euronav Belgica s’est envolée et nous avons eu quelques jours de grands plaisirs véliques. Je me suis même surpris en réalisant tout à coup que j’avais dit ne pas tirer dans le bateau, ses voiles et son gréement, je me suis surpris une nuit avec un sept beaufort devenant huit et avec foc et grand voile à un ris seulement. Le bateau filait à neuf nœuds dans la houle du Sud en douceur, sans souffrance. Elle passait parfaitement dans la lame. Grandiose. Mais j’ai réduit par prudence. Et avec trois ris, nous faisions encore 8 nœuds, puis sous foc seul 7 et quelques. C’est dire que c’est beaucoup de risque pour le dernier nœud, mais je ne m’étais pas rendu compte. Bref je me suis bien amusé !
Une nuit aussi, celle du 21 février, nous avons eu droit à une éclipse totale de lune.
Mes quarts, maintenant que nous sommes deux à bord, sont de minuit à 6 heures et de 12 à 18 heures. C’est ainsi que je me lève un peu avant minuit et arrive dans le carré éclairé par la pleine lune dans un ciel sans nuages. Je la regarde quelques instant par le hublot. Une splendide nuit en mer. Qui plus est, il n’y a pas de vent, c’est calme blanc. Rien à faire, juste admirer le ciel!
Rien à faire, c’est vite dit, je dois me préparer mon café! Puis je vais m’asseoir dans le cockpit pour le déguster. Mais quelque chose est venu troubler l’harmonie céleste. Soudain je me rends compte que quelqu’un a mordu dans la lune comme on le ferait dans une pomme, un petit morceau manque à l’appel. Une éclipse ! Une éclipse inattendue, en tout cas par moi. Et pendant 75 minutes, la lune va disparaître jusqu’à être totalement éclipsée.
Petit à petit les étoiles s’allument, une à une, et quand la lune fut éteinte, la Voie Lactée était parfaitement visible dans ce ciel si pur. Du Zénith à l’horizon, et pas calme blanc, elle était même reflétée dans l’eau qui jouait miroir. Je ne savais pas combien de temps pouvait durer ce phénomène. Et bien, la lune est restée absente pendant une heure.
Après il fallut encore 75 minutes pour qu’elle revienne complètement. Encore une nuit que je ne vais pas oublier et que je classe dans ma mémoire juste à côté de celle du 21 septembre 2003, celle qui me trouva par 68° Nord en Mer de Norvège assistant à une très étrange aurore boréale.
Plus tard, cette nuit-là, le vent revint, 4 beaufort, Euronav Belgica a démarré à 6 nœuds, sur la route idéale et le jour est arrivé, ensoleillé. Quel bel au revoir aux cinquantièmes sud. Au revoir et à bientôt !
Pour ceux qui aiment les chiffres :
Nous étions à 50° 56’ 684 S et 53° 48’ 539 W
L’éclipse a commencé à 01:45 UT le 21/02/2008
Elle fut totale de 02:59 à 03:55 UT
Et tout était terminé à 04:10 UT
21/02/2008 Eclipse of the moon
Pour le reste la remontée fut pénible au large du Brésil. D’abord en toute logique, puisque nous prenions de face un courant assez fort et n’avions que des vents faibles. Ensuite, parce que nous avons passé plusieurs jours à nous battre dans des champs de grains. Vent qui tourne de 90°, rafales, orages et pluies, calme plat, puis retour de l’alizé pour une demi-heure avant le grain suivant. Cela signifie, hisser, affaler, prendre des ris tout le temps. Et par une chaleur de 30° pour l’eau, entre 30 et 40°C dans le cockpit. En fait cela ressemblait au pot-au-noir.
25/02/2008 Wandering albatros
Ressemblait ou était ? Parce que des phénomènes inhabituels allaient s’enchaîner. D’abord le courant Sud nous a lâcher bien tôt, puis ces grains si sud, ensuite, voilà que les alizés de NE sont annoncés pour l’équateur, enfin j’apprends qu’en Belgique il neige. Et bien, je me demande si l’anticyclone des Açores n’est tout simplement pas plus sud que la normale, et que tout est décalé de 5 ou 7° vers le sud.
08/03/2008 End of the day
Quoiqu’il en soit, ce soir je repasse l’équateur, et si je touche les alizés promis, ce sera la grande cavalcade back home !
08/03/2008 middle of the day
Côté agenda, mon planning est d’être en Irlande fin avril pour passer deux semaines avec Véronique, puis de traverser, toujours avec Véro la Mer d’Irlande et la Manche.
09/03/2008 dolphins
S’enchaîneront alors les fiestas !
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les 24 et 25 mai à Ostende dans le cadre de la fête « Oostende voor Anker », arrivée du bateau au bassin Mercator, réception, présentation des livres et avant première du film de l’expédition
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les 31 mai et 1er juin à Bruxelles pour la Fête du Port de Bruxelles et du Bryc, présentations livres et photos
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enfin le 7 juin à Anvers, au RYCB, où Euronav Belgica retrouvera son port d’attache et terminera officiellement son voyage dans le sillage de la Belgica d’Adrien de Gerlache.
Et à Ostende, Bruxelles ou Anvers, venez faire la fête avec nous !!
Michel
10/03/2008 Sunset west horizon
11/03/2008 end of the day
13/03/2008 end of the day
19/03/2008 squall
23/03/2008 sunrise
24/03/2008 beginning of the day
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